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02/07/2008 18:00
Voltaire, Le monde comme il va (0 commentaire)

"Cependant le soleil approchait du haut de sa carrière. Babouc devait aller dîner à l'autre bout de la ville, chez une dame pour laquelle son mari, officier de l'armée, lui avait donné des lettres. Il fit d'abord plusieurs tours dans Persépolis; il vit d'autres temples mieux bâtis et mieux ornés, remplis d'un peuple poli, et retentissants d'une musique harmonieuse; il remarqua des fontaines publiques, lesquelles, quoique mal placées, frappaient les yeux par leur beauté; des places où semblaient respirer en bronze les meilleurs rois qui avaient gouverné la Perse; d'autres places où il entendait le peuple s'écrier: "Quand verrons-nous ici le maître que nous chérissons?" Il admira les ponts magnifiques élevés sur le fleuve, les quais superbes et commodes, les palais bâtis à droite et à gauche, une maison immense où des milliers de vieux soldats blessés et vainqueurs rendaient chaque jour grâce au Dieu des armées. Il entra enfin chez la dame qui l'attendait à dîner avec une compagnie d'honnêtes gens. La maison était propre et ornée, le repas délicieux, la dame jeune, belle, spirituelle, engageante, la compagnie digne d'elle."

Digression d’Oriane (Bic bleu): je ne connais aucun écrivain dont tous les écrits soient admirables (j'en connais d'ailleurs bien peu qui le soient vraiment). Voltaire ne fait pas exception car il a produit de nombreux textes qui ne méritent pas qu’on s’y arrête. L’image socio-culturelle de la littérature est une immense tromperie, comme celle de l’art d’ailleurs car notre époque leur attache trop d’importance et les surévalue comme si, dans une société toute orientée vers le matérialisme et le pragmatisme, il fallait trouver un exutoire en donnant de la valeur à des productions gratuites. Non plus «la part maudite» mais, au contraire, «la part exaltée».





02/10/2007 14:14
Nodier Charles, Infernalia (0 commentaire)
"Un paysan de Médreïga (village de Hongrie), nommé Arnold-Paul_, fut écrasé par la chute d'un chariot chargé de foin. Trente jours après sa mort, quatre personnes moururent subitement, et de la même manière que meurent ceux qui sont molestés des vampires. On se ressouvînt alors qu'Arnold-Paul avait souvent raconté, qu'aux environs de Cassova, sur les frontières de la Turquie, il avait été tourmenté longtemps par un vampire turc; mais que sachant que ceux qui étaient victimes d'un vampire, le devenaient après leur mort, il avait trouvé le moyen de se guérir en mangeant de la terre du vampire turc, et en se frottant de son sang. On présuma que si ce remède avait guéri Arnold-Paul, il ne l'avait pas empêché de devenir vampire à son tour. En conséquence, on le déterra pour s'en assurer; et quoiqu'il fût inhumé depuis quarante jours, on lui trouva le corps vermeil; on s'aperçut que ses cheveux, ses ongles, sa barbe s'étaient renouvelés, et que ses veines étaient remplies d'un sang fluide."

Digression d’Oriane (feutre noir) : si le rapport du monde au langage reste, quoi que l’on fasse, en grande partie subjectif, comment empêcher que l’usage du langage ne rende vraisemblable des histoires comme celles des vampires ? C’est ce même mécanisme qui rend possible la fiction et qui me permet d’affirmer que toute fiction est vrai pourvu que son lecteur accepte d’accorder une dose d’objectivité aux mots qu’elle utilise : d’où les faux faits divers que la presse utilise pour combler le vide de ses colonnes. Le langage est fondamentalement pervers et c’est, dans l’écriture, ce qui m’intéresse.





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